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  • La bécasse et le paintball

    C’est sympa les week-ends entre amis. On rigole, on fait les cons, on passe du bon temps. Et on découvre des trucs. Moi j’ai découvert le paintball. Un samedi de septembre. Il faisait beau, j’avais prévu l’équipement, les copains étaient motivés, ç’allait être d’enfer. Et ce fut… l’enfer.

     

    Nous sommes tous arrivés pour prendre possession des lieux : un enclos grillagé dans un sous-bois. Des participants étaient en train de finir leur partie, nous avons donc étudié le terrain : bof, quelques arbres, beaucoup de feuilles et finalement pas beaucoup d’espace.

     

    Puis est venue l’heure de l’habillage en cinq étapes : tout d’abord, on récupère le plastron qui protège le torse des balles de peinture. Oui, parce qu’une balle de peinture tirée de moins de dix mètres, ça pique et pas qu’un peu ; mais je vous en reparlerai tout à l’heure. Donc, le plastron protecteur : on le récupère après que les participants précédents l’ont déposé dans une boite en carton. Ils sortent en sueur, ils ont couru et se sont fait peur pendant une heure sous la combi plastique, du coup, le plastron est trempé. De sueur. Joie. Pas grave, j’avais prévu le vieux t-shirt, le vieux sweatshirt et le vieux pantalon pour amortir les boulettes et se prendre la peinture. Donc je dispose la chose trempée sur mes épaules et cherche les scratchs pour attacher le tout au niveau de la taille. Evidemment, les scratchs sont tellement usés qu’ils ne collent plus. « Mais combien de personnes ont transpiré là-dedans ???!! ».

     

    Etape 2 : emballage dans la combinaison. Une combinaison jetable en plastique simili-papier nous attend. Elle est neuve, elle est propre et est sensée nous protéger des taches de peinture. On l’enfile par les pieds et on la referme avec la fermeture éclair dernier cri au niveau de la gorge en priant pour qu’elle ne pète pas (la fermeture éclair, pas la combi).
    Vient ensuite la charlotte. Comme la combinaison, neuve, en plastique simili-papier avec un joli élastique pour qu’elle ne bouge pas. On se colle ça sur la tête façon bonnet de douche et on regarde les copains pour se foute de leur gueule, persuadé qu’on est la seule personne du troupeau à être sexy avec ça sur le sommet du crâne.

     

    paintballvert.jpgPuis c’est le drame : on met le masque… que les participants dégoulinants viennent de déposer. Mais rassurez-vous, la procédure de nettoyage est optimale : le préposé au paintball attrape son chiffon crasseux et en passe un p’tit coup sur tous les masques pour enlever la peinture, histoire qu’on y voit un peu dans l’arène. La peinture bien étalée, il me tend le masque en ajoutant un « tout propre », comme si cela allait me faire oublier la bande caoutchouteuse-mousseuse imbibée de sueur posée sur mon front. Ça pue la mort là-dedans.

     

    Alors que je pense que l’horreur bactériologique va s’arrêter là, je vois mes petits camarades de jeu se pencher au dessus d’une caisse, en hésitant à attraper son contenu : les gants. A peine déposé par les concurrents précédents, tout de suite enfilés par les suivants. Mais ça, on ne le sait que lorsqu’on a glissé ces jolies menottes dedans. Trempés de l’ongle au poignet, je réfléchis en silence, figée et à demi-paniquée : ai-je des écorchures qui pourraient entrer en contact avec les milliards de bactéries qui doivent joyeusement pulluler à l’intérieur ? Je les sens presque gigoter sur mes mains… c’est normal docteur ?

     

    predator1.jpgJe me sens cradingue de la tête au plastron, je dégouline déjà sous mon masque devenu trouble à cause de la buée sur la face intérieure, et de la peinture étalée sur la face extérieure. La combi plastique fait son petit effet : la température est en train de monter à l’intérieur. Je transpire et apporte ma petite contribution bactériologique aux gants, masque et plastron. Cadeau pour les futurs joueurs. J’ai marché machinalement vers le terrain de jeu et je me réveille prise au piège : trop tard pour reculer. Accoutrée comme Prédator (les rastas en moins), j’écoute attentivement le préposé au paintball, qui fait un travail formidable et qui déclame haut et fort les consignes de sécurité et surtout les conséquences d’une infraction à l’une d’elles : « on ne retire pas son masque, interdiction de tirer sur un camarade à moins de 5 mètres. Si je chope l’un de vous à enfreindre l’une de ces règles, je l’allume avec mon pistolet à peinture, réglé pour vous faire passer l’envie de recommencer ». Il n’a pas l’air fin le préposé, et il a un humour de chiotte en plus. Il ne doit pas s’épanouir dans son métier de préposé au paintball. Je garderai donc le masque viral pendant toute la durée de l’épreuve.

     

    Deux équipes, une en combi bleu, l’autre en combi blanche, et 100 balles de peinture jaune chacun. Le but étant d’aller toucher l’arbre de l’autre équipe, à l’autre bout du terrain, sans qu’ils viennent toucher le nôtre, juste derrière nous. L’équipe qui touche le plus de fois à gagner. Quand on est touché, on retourne dans son camp et on recommence à attaquer.

     

    La partie commence, je cours me planquer derrière un arbre. Instinct de survie. Ensuite, je passe la tête, histoire de voir qui s’agite devant moi : paf, une boulette en plein dans le masque : la peinture gicle à travers la grille de ventilation et m’atterrie dans la bouche : c’est chimique, c’est dégueu. En même temps, ça me fait oublier un instant l’odeur de la vieille sueur rance. Retour à la case départ, en mode essuie-glace.

     

    Nouvelle tentative : je cours à l’aveugle pour me cacher derrière mon arbre. Je me planque puis passe discrètement la tête sur le côté ; suis pas stupide, vais pas refaire la même boulette : capacité d’adaptation. Et paf, une grosse boulette séchée et donc bien dure s’écrase sur ma cuisse droite. Ça fouette ! Entre la peinture, la buée et ma larme à l’œil, je ne vois rien de rien. Et oui, j’avais bien anticipé l’attaque frontale, mais je n’ai pas vu venir la prise à revers. Retour à la case départ en mode sautillement.

     

    paintball2.jpgNouvelle tentative : je cours à l’aveugle et en boitant pour me cacher derrière mon arbre. Toujours le même car mon champ de vision est annihilé donc je ne sais pas où sont les autres planques. Marre d’être une cible statique. Je déboule comme une furie et me rue vers l’avant. Paf, paf, paf, paf : je me fais allumer de tous les côtés, car apparemment toute l’équipe adverse est planquée dans ce secteur. Retour à la case départ en mode humiliée.

     

    Finies les conneries. Je soulève trèèèèèès légèrement et trèèèèèès discrètement mon masque, histoire de repérer un trou où me plaquer. C’est alors que j’entends un hurlement : un homme à terre ! Pas grave, il est dans l’autre équipe. Il se relève plié en deux, et retourne dans son camp. Incident terminé. Je profite de la confusion et file vers l’endroit béni qui me permettra de conserver mon intégrité physique. J’y reste accroupie et tête baissée pendant une bonne demi-heure. Je sens bien que ça tire dans les cuisses, mais ce n’est pas grave, ça fait moins mal que la bille de peinture.

     

    Les chargeurs se vident, les copains commencent à quitter le terrain. Une lueur d’espoir apparait, je vais peut-être réussir à le toucher ce foutu arbre. C’est alors qu’une violente douleur dans le flanc gauche me saisit. Je m’écroule par terre, j’ai l’impression qu’on vient de me planter un pic à glace dans le bassin. C’est moi qui gueule comme ça ? Je me redresse pour essayer de comprendre d’où vient l’attaque à l’arbalète, quand je vois le préposé-crétin qui me fait des signes de l’autre côté du grillage : « désolé, c’est pas toi que j’visais » ! Furax, je me dirige vers la sortie prête à balancer cette saleté de pistolet trop lourde et d’enlever cet uniforme puant. Il m’arrête devant la porte et me dit : « nan, nan, il te reste encore des billes de peinture, ‘faut que tu finisses ! ». Le doigt sur la gâchette, je m’apprête à lui vider le chargeur dans la figure, quand je réalise qu’il tient son engin de mort à la main et que je risque de le regretter s’il s’y met aussi. Je retourne sur le terrain, je vide mon chargeur en mode mitrailleuse, tirant sur tout ce qui bouge et aussi sur ce qui ne bouge pas. Je touche ce pµ!@’& d’arbre-hourra-on-a-gagné et retourne vers la sortie, couverte de bleus et de peinture, en boitant et sans vraiment pourvoir plier les genoux.

     

    paintball3.jpgEpilogue : Après avoir remis le casque et les gants dans leur carton respectif, dans l’attente de leur prochaine victime, je suis rentrée, obnubilée par une seule chose : une douche et un feu de camp pour bruler mes nippes. Jamais je n’ai autant pué. On se rassure en pensant à ses amis, à deux pas de vous (pas trop près), qui chlinguent tout autant. Il a fallu toute une nuit pour que mes vêtements sèchent. Ils ont fini dans un sac plastique sellé avant d’être lavés deux fois avec prélavage et désinfectant à linge. J’ai terminé cette magnifique aventure humaine sous la douche, à me savonner et shampooiner pendant… me souviens plus, et à observer ce bleu monstrueux sur ma hanche, gros comme une balle de tennis en me demandant s’il partirait un jour. Je n’ai pas pu plier les jambes pendant trois jours et j’ai gardé mes courbatures pendant une grosse semaine après être restée accroupie pendant environ 1h dans l’espoir de sauver ma vie. Et le pire, c’est que j’ai payé pour ça.
    La prochaine fois, c’est laser-game…