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  • La bécasse et le barbecue

     

    L’été est de retour, les oiseaux gazouillent, nous sommes dimanche, il est 11h30, et je sors peu à peu de cette délectable grasse-matinée tant espérée. Le soleil filtre légèrement par la fenêtre entrouverte par laquelle une douce brise tiède vient me caresser le visage. Je n’ai rien prévu aujourd’hui, je finis d’émerger de mon sommeil en commençant à penser au seul et unique problème de la journée : vais-je commencer ce livre qui me tente tant ou regarder le film dont tout le monde me parle. Le gros dilemme du jour. Mais soudain, je me rends compte qu’une odeur me chatouille les narines : café ? Non. Pain grillé ? Non plus. Cramé ??!! Oui. Qu’est-ce que c’est que ce b…. Finie la douceur de vivre, la réalité me revient en pleine face : j’ai des voisins.  Du genre à profiter de chaque occasion pour utiliser leur panoplie du parfait banlieusard suréquipé : la nouvelle tondeuse à gazon dès les premières lueurs du jour, la ponceuse électrique pour refaire une beauté à ses volets en bois six heures par jour chaque week-end pendant deux mois, parce que « le PVC c’est tellement pratique mais si peu esthétique ». Aujourd’hui, c’est mon jour de chance. Mon linge finit de sécher dehors et mes fenêtres sont toutes ouvertes, malheureusement depuis une bonne demi-heure, Gégé, mon charmant et si convivial voisin, s’échine à faire fumer son tout-nouveau-tout-beau barbecue pour faire flamber les premières saucisses de la saison. Pas doué le Gégé, c’est normal, avec cet attirail de compétition, il faut attraper le coup de main. Et puis les notices explicatives, « c’est pour ceux qui n’y connaissent rien, les vrais mecs y z’y arrivent tout seul », même si le paquet de 20 kg de charbon et la bouteille d’alcool à brûler doivent y passer.

    Barbecue.jpgLa grasse-mat’ déjà oubliée, je me rue sur les fenêtres pour les fermer puis je cours pour essayer de sauver le linge dans le jardin. Trop tard, les draps bien propres sont bien puants, mais j’y plonge quand même le nez pour vérifier. Reflexe. Les sourcils froncés, le nez retroussé, le rictus inversé, je rentre chez moi la tête enfoncée entre les épaules et le pas énervé, sans réussir à m’empêcher de jeter un coup d’œil chez le voisin. Reflexe. En pyjama pilou-pilou, les cheveux hirsutes, les chaussons pelucheux et la crotte à l’œil, je croise alors le regard de Gégé, en marcel et tongs, et avec la fourche à merguez dans la main : « bien le bonjour chère voisine, quelle belle journée pour un barbecue ! C’est tellement dommage de se lever si tard et de ne pas profiter d’une telle matinée ! Venez donc nous rejoindre, y’a assez de merguez pour tout le monde ! »

    Je plaque sur mon visage mon plus beau sourire d’hypocrite (reflexe), remercie chaleureusement le beauf (« non merci, j’essaie d’arrêter la merguez au petit-déjeuner… ») et retourne me barricader chez moi avec toute la dignité qu'il me reste. Mon planning est désormais tout trouvé : lessive et désodorisation de la maison, car bien évidemment, toute la maison est imprégnée… Outre le magnifique parfum de ce petit fumé qui me colle désormais à la peau, et l’image de mon séduisant voisin imprégnée sur ma rétine, une réalité est désormais bien imprimée dans mon esprit : le barbecue de Gégé est à l’été ce que sa chaudière à bois est à l’hiver : le métronome qui rythme mes saisons. Il n’a pas fini de m’enfumer le Gégé…

     Dessin provenant du site : http://onhoxy2000.blogspot.fr/2013/02/bbq-du-team-le-16-mars-big-barbecue.html