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  • La Bécasse et le bodycombat

     Je fais un peu de sport. Je suis des cours de « pumping » pour gainer les muscles, pas pour gonfler. De la zumba, du step, un peu de cardio, histoire de m’entretenir et de pouvoir manger ce que je veux sans être obligée de prendre une taille de vêtement tous les ans. Rien d’extraordinaire, juste le nécessaire pour transpirer, se défouler et bien dormir. Mais voilà, comment faire quand je suis en vacances loin de chez moi. Deux semaines à manger les crêpes maison de maman, avec pour seule activité physique l’extension du bras pour attraper la télécommande, c’est trop de laisser-aller. Sans parler du retour de vacances synonyme de reprise douloureuse et de courbatures. J’ai donc décidé de me trouver une salle de sport sur mon lieu de vacances et de tester leurs différentes activités.


    Les deux premières heures se sont plutôt bien passées. Je n’ai pas eu à rougir de mon niveau, même si ma capacité à faire des pompes est toujours inexistante. Après les séances réglementaires d’abdos et autres contractions en tout genre, j’embraye sur le cours de Bodycombat. La prof est souriante, dynamique, elle a la pêche et secoue régulièrement la salle pour motiver les troupes. Mais après un démarrage tranquille, elle montre son vrai visage. Elle se met à crier des noms bizarres :


     « SUPERMAN ! »


     201404_superman2.jpgQué ??? Je regarde autour de moi : tout le monde tend le bras droit vers le plafond, poing serré et se met à se déplacer vers la droite, à cloche pied sur le pied droit. Deux sauts sur le côté, et même chose vers la gauche ; en tendant le poing gauche évidemment, sinon on a l’air d’une idiote.


    Donc pour ne pas me prendre le poing gauche de ma voisine de droite dans la figure, je fais pareil.


    « HIGHLANDER !»


    Nom d’un biniou, c’est quoi encore !? Tout le monde se met à imiter les danseurs des Irish Celtics ! Sur la pointe du pied droit, on lève le genou gauche, on sautille, on passe la jambe gauche devant, on se met sur la pointe, on sautille en relevant le genou droit et on recommence, en essayant de tenir le rythme et de ne pas s’emmêler les pinceaux dans cette salade de pattes. Mes voisines tanguent dangereusement ; ça sent l’écrasement d’orteils tout ça (les miens évidemment). Heureusement, je suis sauvée à temps par l’instruction suivante :


    « JUMPING JAKE ! »


    Vous souvenez-vous de l’affiche du film Jumpin’ Jack Flash avec Whoopie Goldberg ?


    201404_jumpin.jpg


    Voilà, if faut faire pareil, plusieurs fois très rapidement en s’assurant de bien tomber sur les talons quand on fait l’étoile, sinon le sergent instructeur vient vous hurler dans les oreilles.


    « SUR LES TALONS !»


    Sauf que je n’y arrive pas. Mais alors pas du tout. J’ai les orteils qui s’écrasent au bout de mes chaussures à chaque fois. Au bout de trois fois, ça commence à piquer. Au bout de six, j’arrête d’essayer et je simule en faisant de grands gestes avec les bras pour tromper l’ennemi.


    Et rebelotte : Superman, Highlander, Jumping Jack, Superman, Highlander, Jumping Jack… Courez, sautez, courez, sautez…


    « ENCORE ! »


    La musique change, mais l’adjudant-chef nous assène un « ON ENCHAINE ! » qui interdit toute tentative d’approche de la bouteille d’eau.  Soif, soif, soif… Je recommence à sautiller dans tous les sens et à courir… soif…


    Au bout de cinq minutes, je grimace tellement j’ai mal partout. Au bout de quinze, je souffle comme un bœuf et je ressemble à un poisson hors de l’eau à la recherche d’oxygène. Au bout de trente, je ne sens plus mon corps. Normal tout mon sang est dans ma tête. Je suis au bord de la syncope. Et la libération arrive enfin :


    « LA PAUSE ! »


    Je sens mon moral remonter : je vais enfin pouvoir respirer et faire redescendre mon sang vers mes pieds. Sauf que la notion de pause de la prof n’est pas la même que la mienne :


    « PRENEZ UN TAPIS, C’EST L’HEURE DES POMPES !  »


     


    Fuir pour sauver ma vie. La troupe se dirige vers les tapis de sol. Profitant du mouvement, j’attrape la bouteille d’eau et je cours (j’essaie) vers la porte : liberté. Des pompes ! Même pas en rêve. J’en ai mangé pendant le cours d’avant et je n’arrive déjà pas à en faire quand je suis de première fraicheur, je ne vois pas comment je pourrais décoller mon visage du tapis alors que je ne peux plus respirer ! Je vais plutôt aller m’assoir dans les vestiaires, ingurgiter le litre et demi de ma bouteille d’eau et voir si j’arrive à me relever. C’est un objectif bien plus adapté à mes capacités du moment.


     


    La pause, la vraie. C’est trop bon. Après cinq minutes de pur bonheur, je ressors pour voir où en est le cours. Ils ont attaqué la séance d’abdos. Beurk. Mais voilà qu’ils se relèvent et rangent les tapis. Telle une anguille agile et discrète, je rentre et viens me repositionner. Ni vue, ni connue. Bien joué ma grande. Je sens comme un courant d’air froid dans le dos : la prof se tient juste derrière moi : « On est bien reposé ? En forme pour la dernière partie ? » Je bafouille un « ui-ui ». La bonne nouvelle c’est que je suis tellement rouge, que je ne peux pas rougir plus.


     


    La geôlière s’est remise à beugler :


    « SUPERMAN ! »


    « HIGHLANDER !»


    « JUMPING JAKE ! »


    « ALLEZ, BOUGEZ-VOUS, VOUS VOUS CROYEZ A LA ZUMBAAAAAAAAAAAA ?! »


     Si seulement… « Engagez-vous » qu’ils disaient au guichet, « vous allez A-DO-RER. Signez là ».


    Et en plus, j’ai payé pour ça.


    « PLUS HAUT LES GENOUX !!! »


    Peux pas, peux plus. En revanche, elle ne montre aucun signe de fatigue. Cette prof est une machine. Plus elle a mal, plus elle aime ça, ça se voit, elle a les yeux qui brillent, les pupilles comme des soucoupes, la bouche barrée d’un énorme sourire toutes dents dehors et elle pousse des cris à coller les chocottes à Monica Seles. Aucune baisse de régime en vue. Cette prof est un Terminator modèle T-X venue du futur pour tuer Sarah Connor et sa couverture est prof de bodycombat. Il faut que je sorte de là.


     


    Black out. Mon cerveau s’est déconnecté. J’ai continué à faire les gestes, à sautiller, courir, faire Superman, Batman, Pacman, mais sans m’en rendre compte.


     


    « PRENEZ UN TAPIS ! »


    La peur me réveille : pitié, pas les pompes…


     


    C’est l’heure des étirements. La séance touche à sa fin. Je me vautre sur le tapis telle une baleine s’échouant sur un banc de sable. Terre. Après deux bonnes minutes de tentatives désespérées et infructueuses pour attraper mes pieds, je finis par abandonner et m’allonge en faisant l’étoile de mer. Enfin, le Général nous libère. J’hésite à ramper jusqu’au vestiaire comme le ferait un éléphant de mer cherchant un rocher pour faire la sieste. Finalement, je décide de garder la dernière once de dignité qu’il me reste ; je contracte ce qu’il me reste de muscles fonctionnels et me remets debout. Le pas léger et la démarche pleine de grâce, je me dirige, tête haute, vers la sortie.


     


    Après une douche, des anti-inflammatoires, un litre d’eau en perfusion et une bonne semaine de sommeil, je serai comme neuve. Terminé le Bodycombat, on ne m’y reprendra pas ! Je ne suis pas maso !


     


    La semaine prochaine, je teste le Bodyattack !


     


    Source dessin : http://www.tuxboard.com/les-minions-en-super-heros/